Alimentations différentes - Micaela Karlsen, nutritionniste - Forks Over Knives

Traduction Nico Starchivore

 

Est-ce que des personnes différentes ont vraiment besoin d'alimentations radicalement différentes ?

 

Les concepts de médecine personnalisée et de nutrition personnalisée ont vraiment pris leur envol. Les gens mangent en fonction de leur type de sang, leur type métabolique, leur constitution ayurvédique, et leur génotype. La recherche scientifique trouve toujours que nos réactions à la nourriture peuvent différer en degré, ce qui signifie que certaines personnes peuvent tolérer une nourriture malsaine mieux que d'autres. Cependant, une extrapolation erronée de cette notion conduit beaucoup de gens à imaginer que nos réactions diffèrent également dans la direction, un exemple étant que vous avez besoin d'un régime végétarien tandis que j'ai besoin d'un régime faible en glucides avec de la viande et du poisson. L'opinion populaire affirme que "tout le monde est différent" et que vous avez besoin de trouver "la bonne alimentation pour votre corps."

 

L'idée que nous sommes des individus uniques est exacte quand elle touche à nos personnalités, nos aspirations, nos contributions au monde, et dans une certaine mesure notre biologie. Mais c'est un grand bond en avant entre dire que les systèmes de certaines personnes peuvent mieux gérer le stress (une nourriture malsaine est une forme de stress) et déclarer que certaines personnes ont besoin de catégories d'aliments entièrement différentes comparé à d'autres.

 

Les êtres humains sont une espèce, nous sommes tous le même animal, avec la même physiologie digestive. Et, comme c'est vrai dans toutes les espèces, nous ne nécessitons pas de programmes nutritionnels personnalisés, sauf si nous avons affaire à une maladie spécifique ou une autre condition très inhabituelle. Même dans ce cas, nos différences sont une question de degré, pas de direction. Une personne peut être capable de gérer plus de matières grasses dans son alimentation sans prendre de poids ou développer une maladie cardiaque, en particulier si elle est très active. Une autre personne pourrait avoir besoin de suivre strictement l'alimentation faible en gras à base de plantes du Dr Caldwell Esselstyn pour inverser sa maladie cardiaque qui est à un stade avancé. Mais une alimentation riche en matières grasses, ou une alimentation riche en protéines, n'apporte aucun avantage pour la santé de chacun de nous, en comparaison avec les avantages bien documentés de consommer une variété d'aliments entiers, à base de plantes, en quantité suffisante pour répondre à nos besoins caloriques.

 

De combien de protéines, de matières grasses, et glucides avons-nous besoin réellement?La National Academy of Sciences a effectivement écrit un ouvrage de référence pour les besoins nutritionnels de l'homme et de nombreuses autres espèces comme les bovins, les porcs, les poulets, les poissons, les chiens, les chats, les primates, et bien d'autres. Ces besoins sont basés sur des symptômes de carence observés à des niveaux de consommation trop bas. Alors que les besoins en protéines et en matières grasses varient un peu en fonction du genre (homme ou femme) et du stade de la vie (les bébés et les jeunes enfants ont besoin d'un peu plus de chaque), les recommandations pour les adultes ne varient pas et n'ont rien à voir avec les variations alimentaires actuelles des humains.

 

Selon la National Academy of Sciences, des recommandations de l'Institute of Medicine en macronutriments pour l'être humain , nous avons besoin :

 

En gros 10% de protéines

Au moins 6% d'acides gras essentiels

Au moins 130 grammes de glucides

Le besoin moyen en protéines est fixé à un niveau de base pour les adultes de notre espèce : l'AJR (apports journaliers recommandés) pour la protéine est de 0,8 grammes par kilogramme de poids corporel. Cela se traduit par environ 10% des calories provenant des protéines pour une personne moyenne, une recommandation qui est bien élargie par une marge de sécurité destinée à répondre aux besoins de la quasi-totalité de la population. Quelques programmes d'alimentation faible en glucides bien connus, toutefois, recommandent de manger 25% de calories provenant des protéines, et dépassent de loin nos besoins ! Ceci en dépit du fait qu'il y a une multitude d'études animales et des études d'observation humaine qui mettent en garde contre la consommation de trop de 

protéines. (De nombreuses autorités médicales bien connues le font aussi.)

 

Quand la nutrition est concernée, il est utile de se demander: "Où dans la nature puis-je trouver un exemple de cela ?" Et dans cet exemple d'une très large variation de l'apport en nutriments, la réponse est "nulle part." En d'autres termes, vous aurez du mal à tomber sur des chevaux qui font mieux avec un peu de viande dans leur régime alimentaire en raison de leur type de sang, ou des ours qui ont besoin de deux fois la consommation de protéines d'autres ours. Si c'était le cas, les éleveurs et les gardiens de zoo auraient un sacré boulot, n'est-ce pas ? Bizarrement cette logique nous échappe, quand ça concerne l'homme.

 

Notre espèce a des besoins nutritionnels spécifiques, et nous pouvons les satisfaire en mangeant des aliments végétaux entiers en quantité suffisante pour maintenir un poids corporel sain, tout comme les autres animaux, dans leurs milieux naturels.

Écrire commentaire

Commentaires: 0